Reconnaître un pervers narcissique : comprendre pour se protéger
Ce guide s'adresse aux personnes qui vivent ou ont vécu une relation avec quelqu'un qui correspond au profil « pervers narcissique ». L'objectif n'est pas de diagnostiquer l'autre — c'est de te protéger, préparer une sortie si besoin, et te reconstruire après.
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« Pervers narcissique » — aussi appelé manipulateur narcissique — est un concept populaire français (Racamier, 1986) qui décrit un prédateur relationnel, pas un diagnostic clinique. Les comportements recouvrent souvent un mélange de trouble de la personnalité narcissique (DSM-5), de traits de psychopathie (Hare) et parfois de traits borderline. Si tu vis une relation toxique marquée par l'emprise, le gaslighting ou la violence psychologique : tu n'y es pour rien, et il existe des ressources pour sortir.
En 30 secondes
Ce guide utilise l'expression courante « pervers narcissique » pour rejoindre les personnes qui cherchent à comprendre ce qu'elles vivent. Scientifiquement, l'expression n'est pas reconnue par le DSM-5 ou la CIM-11. Ce qui existe cliniquement, ce sont des profils de personnalité parfois concomitants.
- Racamier (1986) — concept psychanalytique français, non clinique
- DSM-5 TPN (301.81) — trouble de la personnalité narcissique, prévalence ~0,5 à 5% (APA)
- 3919 — Violences Femmes Info (24h/24, anonyme, gratuit)
Qu'est-ce qu'un « pervers narcissique » — vraiment ?
« Pervers narcissique » est une construction populaire française, souvent utilisée comme synonyme de manipulateur narcissique. L'expression a été proposée par le psychanalyste Paul-Claude Racamier dans les années 1980 (« Le génie des origines », 1992), popularisée par la psychiatre Marie-France Hirigoyen dans « Le harcèlement moral » (1998), et prolongée par Isabelle Nazare-Aga avec « Les manipulateurs sont parmi nous » (1997). Elle n'apparaît ni dans le DSM-5 ni dans la CIM-11 — ce n'est pas un diagnostic, c'est un terme descriptif utilisé dans le langage courant et dans certains courants psychanalytiques.
Cliniquement, les comportements qu'on attribue à un « PN » correspondent le plus souvent à un mélange de traits de personnalité. Le plus fréquent est le trouble de la personnalité narcissique (TPN), codé 301.81 dans le DSM-5 : besoin d'admiration, manque d'empathie, sentiment de supériorité, exploitation des autres. La prévalence du TPN est estimée entre 0,5% et 5% de la population selon les études (American Psychiatric Association, DSM-5, 2013).
S'ajoutent souvent des traits de psychopathie, mesurés par la PCL-R (Hare, 2003) : charme superficiel, absence de remords, manipulation, mensonge pathologique. La psychopathie n'est pas un diagnostic DSM-5 mais un construit scientifique validé — elle décrit ce prédateur froid que beaucoup associent à la figure du « PN ». On retrouve parfois aussi des traits borderline (instabilité émotionnelle, peur de l'abandon, colère explosive) ou antisociaux. Un même individu peut combiner plusieurs profils — seul un professionnel (psychiatre, psychologue clinicien) peut poser un diagnostic.
Pourquoi c'est important ? Parce que l'étiquette « PN » peut rassurer à court terme (« enfin un mot pour ce que je vis »), mais elle bloque l'accès à une vraie compréhension. Un TPN avec traits psychopathiques ne se « soigne » pas comme une dépression. La seule stratégie validée face à une relation avec ce profil, c'est la distance — pas la confrontation, pas la thérapie de couple, pas l'espoir qu'il change.
- « Pervers narcissique » : terme populaire, pas un diagnostic
- Base clinique : TPN (DSM-5 301.81) + traits de psychopathie (PCL-R) ± traits borderline
- Prévalence TPN : 0,5 à 5% de la population (APA)
- Stratégie validée : distance et sortie — pas de « guérison » par la relation

Narcissique, pervers narcissique, manipulateur : quelle différence ?

Ces trois termes circulent comme s'ils étaient synonymes — ils ne le sont pas tout à fait. Une personne narcissique (DSM-5 TPN) cherche l'admiration, manque d'empathie, se sent supérieure — mais ne vise pas activement à détruire. Elle peut blesser par égocentrisme, pas par stratégie.
Un « pervers narcissique » ajoute une dimension intentionnellement destructrice : la souffrance de l'autre devient instrumentale. Racamier parlait d'une « perversion relationnelle ». Cliniquement, ce profil correspond souvent à un TPN avec traits psychopathiques marqués (absence de remords, manipulation froide).
Un manipulateur narcissique (expression popularisée par Nazare-Aga) désigne les mêmes comportements — c'est un synonyme du langage courant. Enfin, le « narcissique pervers » qu'on lit parfois est une variante sémantique, pas une catégorie à part. Le point commun : pattern structurel, pas de guérison attendue par la relation.
- Narcissique (TPN DSM-5) : cherche admiration, pas d'intention destructrice
- Pervers narcissique : TPN + traits psychopathiques, perversion relationnelle
- Manipulateur narcissique : synonyme populaire (Nazare-Aga)
8 signes d'alerte — les reconnaître tôt
Ces signes ne « diagnostiquent » personne. Ils décrivent des comportements toxiques observés dans la littérature clinique (Hirigoyen, Kernberg, Nazare-Aga). Si plusieurs sont présents de façon répétée et intense dans une relation, c'est un signal à prendre au sérieux. Idéalement, reconnaître ces red flags dans les 3 premiers mois permet de sortir avant que l'emprise ne s'installe.
Love bombing initial
Dès le début, la relation est intense, flatteuse, idéalisante. Cadeaux, déclarations rapides, sentiment d'être « l'âme sœur ». C'est la première phase du cycle décrit par Hirigoyen. Ce n'est pas de l'amour — c'est une phase de séduction instrumentale qui crée la dépendance émotionnelle.
Au quotidien
- • « Je n'ai jamais ressenti ça » après deux semaines de relation
- • Déclaration d'amour, emménagement ou demande en mariage dans les 3 premiers mois
- • Tu es mis(e) sur un piédestal — présenté(e) comme « parfait(e), unique, au-dessus des autres »
Dévalorisation progressive
Après la phase d'idéalisation, viennent les petites critiques. Ton apparence, ton humour, ta famille, tes amis. D'abord en blague, puis de plus en plus frontalement. Cette érosion de l'estime de soi est décrite dans toute la littérature sur l'emprise (Hirigoyen, 1998 ; Stark, 2007).
Au quotidien
- • « Tu sais que je t'aime, mais tu pourrais faire un effort »
- • Tes réussites sont minimisées ou attribuées à la chance
- • Tes proches sont progressivement décrits comme toxiques, jaloux, mauvais pour toi
Gaslighting
Le gaslighting est une forme de violence psychologique documentée scientifiquement (Stern, 2007 ; Sweet, 2019, American Sociological Review). L'autre nie ta perception de la réalité : « tu as mal compris », « je n'ai jamais dit ça », « tu délires ». À force, tu doutes de ta mémoire, de ton jugement, de ta santé mentale — un état que les cliniciens appellent brouillard mental.
Au quotidien
- • Tu te souviens d'une scène, l'autre jure qu'elle n'a jamais eu lieu
- • Tu rapportes un propos blessant, on te répond « tu es trop sensible, c'était une blague »
- • Tu commences à prendre des notes ou enregistrer pour te rassurer sur ta mémoire
Isolement
L'isolement est rarement frontal — il se construit en plusieurs mois. Critiques répétées sur tes amis et ta famille, scènes quand tu les vois, disponibilité exigeante. À terme, tu te retrouves seul(e) avec l'autre, sans soutien extérieur. Evan Stark (2007) décrit cet isolement comme le cœur du « coercive control ».
Au quotidien
- • Tu annules des sorties pour éviter une crise au retour
- • Tes amis te disent qu'ils te voient de moins en moins
- • Tu te sens coupable quand tu passes du temps sans l'autre
Triangulation
La triangulation consiste à introduire une tierce personne (ex, collègue, ami(e) ambigu(ë)) pour créer jalousie, insécurité et compétition. L'objectif : te maintenir en position de demande affective, à prouver que tu es « mieux » qu'un(e) autre.
Au quotidien
- • L'autre parle souvent d'un(e) ex en termes flatteurs ou ambigus
- • Des messages ou appels suspects que l'autre refuse d'expliquer
- • Tu te surprends à te comparer constamment à une tierce personne
Contrôle et coercition
Le contrôle coercitif (Stark, 2007) est la base de l'emprise et crée une dépendance affective : contrôle des finances, du téléphone, des déplacements, de l'apparence. Reconnu comme forme de violence conjugale par la HAS et inscrit dans le droit pénal français depuis 2010 (loi sur les violences psychologiques).
Au quotidien
- • L'autre vérifie ton téléphone, tes e-mails, ta géolocalisation
- • Tu dois rendre des comptes sur tes dépenses, même les plus petites
- • L'autre décide de ce que tu portes, qui tu vois, où tu vas
Cycle idéalisation / dévalorisation / rejet
Hirigoyen (1998) et Kernberg sur le TPN décrivent un cycle récurrent : phase idéale (tu es parfait(e)), phase de dévalorisation (tu ne vaux rien), phase de rejet (silence, discard), puis hoover (retour en force avec promesses). Le cycle peut durer des semaines ou des années.
Au quotidien
- • Des jours sans parole (silent treatment) après une dispute mineure
- • Un épisode où l'autre te quitte brutalement, puis revient en promettant monts et merveilles
- • Tu vis dans l'anticipation permanente du prochain retournement
Absence totale de remise en question
Signal clinique central du TPN et des traits psychopathiques : l'autre ne reconnaît jamais sincèrement ses torts. Manque d'empathie, excuses transactionnelles (« pardon, maintenant passe à autre chose »), inversion de la faute, rationalisation. C'est souvent le signe qui différencie une relation difficile mais réparable d'une relation avec un profil PN.
Au quotidien
- • Après une dispute, c'est toujours toi qui finis par t'excuser
- • L'autre te dit « je suis comme ça, prends-moi ou laisse-moi »
- • Toute thérapie de couple se solde par un retour à l'ancien fonctionnement
Tu te reconnais dans ces signes ?
L'épuisement et les doutes que tu ressens sont réels. Si tu présentes des symptômes de dépression, notre guide sur la dépression peut t'aider à y voir plus clair.
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Conflit normal, relation toxique, profil PN : comment distinguer
Toutes les disputes ne signalent pas une emprise. Cette grille — inspirée des travaux de Hirigoyen et de la clinique du TPN — t'aide à situer ce que tu vis. Si tu présentes aussi de l'anxiété persistante ou de la dépression, note-le pour ton professionnel de santé.
| Communication | Remise en question | Évolution | |
|---|---|---|---|
| Conflit normal | Les deux expriment leurs besoins, écoutent | Les deux reconnaissent des torts, changent | Réparation, apprentissage, croissance du couple |
| Relation toxique (non-PN) | Disputes récurrentes, dynamiques nuisibles | Remise en question possible, effort mutuel | Thérapie de couple peut aider |
| Profil PN (TPN + traits) | Gaslighting, inversion, silent treatment | Absente ou superficielle, pas de changement durable | Cycle qui s'aggrave — thérapie de couple déconseillée |
| TPN clinique (DSM-5 301.81) | Schémas rigides, égocentrisme marqué | Difficile même en thérapie individuelle | Prise en charge longue, pronostic réservé |
| Danger immédiat (violences) | Menaces, violences physiques ou sexuelles | Non applicable — urgence | Appelle le 17 ou le 3919 immédiatement |
Grille inspirée de Hirigoyen (1998) et Stark (2007). Elle ne remplace pas un diagnostic clinique. En cas de danger immédiat, appelle le 17 (police) ou le 3919 (Violences Femmes Info, 24h/24, anonyme).
PN dans le couple, en famille, au travail

Pervers narcissique dans le couple — le pattern recouvre souvent ce que la recherche appelle le contrôle coercitif (Stark, 2007) : isolement, érosion de l'estime de soi, violences psychologiques parfois suivies de violences physiques. En France, la loi reconnaît depuis 2010 les violences psychologiques comme un délit. Selon la MIPROF (2023), près d'une femme sur trois a subi des violences psychologiques dans le couple au cours de sa vie — d'où l'importance de notre guide dédié aux femmes victimes. Les hommes peuvent également être victimes ; ils parlent souvent moins, à cause de la honte.
Parent pervers narcissique (mère, père, enfance) — l'enfant grandit avec des besoins émotionnels inversés, au service du parent plutôt que l'inverse. La recherche sur les « narcissistic parents » (McBride, 2008) documente des conséquences durables chez l'adulte : anxiété, dépression chronique, difficultés relationnelles, syndrome de l'imposteur, parfois burn-out. Les fratries peuvent aussi refléter ce pattern (« golden child » vs « scapegoat »).
Pervers narcissique au travail — le harcèlement moral décrit par Hirigoyen (1998) peut impliquer un supérieur, un collègue ou un subordonné avec profil PN : critiques publiques, tâches impossibles, isolement, triangulation, « flying monkeys » (relais complices). Les conséquences documentées incluent burn-out, syndromes dépressifs, trouble de stress post-traumatique (ANACT, INRS). La reconnaissance du harcèlement moral comme cause de maladie professionnelle est possible mais procédurale — documenter, alerter le CHSCT et la médecine du travail est essentiel.
- Couple : contrôle coercitif (Stark 2007), loi française 2010, 1 femme sur 3 victime (MIPROF)
- Famille : parent PN — enfant adulte à risque d'anxiété, dépression, burn-out
- Travail : harcèlement moral — documenter, saisir CHSCT / médecine du travail
5 idées reçues à démonter
Non. La littérature clinique sur le TPN (Kernberg, Ronningstam) est sans ambiguïté : le trouble est structurel, pas relationnel. L'amour ne « soigne » pas un TPN — il devient souvent le carburant de l'emprise. Espérer le changement par l'amour est l'un des mécanismes qui retardent la sortie.
Faux dans la plupart des cas. Les thérapeutes formés au TPN déconseillent la thérapie de couple quand un profil PN est en jeu — elle est souvent instrumentalisée par la personne avec TPN pour renforcer son discours. La recommandation clinique est : thérapie individuelle de la victime d'abord, puis évaluation de la relation.
Faux. Le TPN a une prévalence plus élevée chez les hommes selon le DSM-5 (50 à 75% des cas diagnostiqués), mais les femmes avec profil PN existent. La différence tient souvent au mode d'expression : plus de manipulation sociale et d'instrumentalisation émotionnelle chez les femmes, plus de coercition directe chez les hommes (Grijalva et al., 2015).
À nuancer — et à prendre au sérieux. La phase de séparation est statistiquement la plus dangereuse dans les couples avec violences (études sur le fémicide conjugal, MIPROF). Cela ne veut pas dire qu'il faut rester — cela veut dire qu'il faut préparer la sortie avec un plan de sécurité (3919, associations, hébergement, juridique). Ne jamais annoncer son départ si la relation a impliqué des violences.
Faux. Le comportement PN est structurel chez la personne qui l'adopte — il précède et suit la relation avec toi. Tu n'es pas la cause. La culpabilité que tu ressens est un symptôme de l'emprise, pas une information fiable sur ta responsabilité. C'est l'un des points les plus importants du travail de reconstruction post-séparation.
Faux, et c'est le mauvais combat. Chercher à « détruire » ou « piéger » un pervers narcissique est une pensée classique de victime épuisée — c'est compréhensible, pas opérationnel. Le TPN avec traits psychopathiques est structuré pour retourner les attaques et accuser la victime (DARVO : Deny, Attack, Reverse Victim and Offender). Le seul « point faible » exploitable en pratique : ton départ. Quand tu cesses d'être une source narcissique (admiration, contrôle, drame), tu deviens invisible à ses yeux — c'est ça, la stratégie validée : pas la vengeance, le no contact.
Chaque année, le 3919 reçoit plus de 100 000 appels (Fédération Nationale Solidarité Femmes)
Tu n'es pas seul(e)
L'anxiété chronique est un symptôme fréquent chez les personnes victimes d'emprise. Notre guide sur l'anxiété peut t'aider à nommer ce que tu traverses.
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4 étapes pour te protéger, sortir, te reconstruire
Cette section est la plus importante de ce guide. Tu n'as pas besoin de tout faire d'un coup — avance à ton rythme, étape par étape.
Reconnaître tôt et se protéger
Si tu es encore dans la relation : ne confronte pas la personne sur ses comportements — ça déclenche presque toujours une escalade. À la place, documente : garde des traces écrites (SMS, e-mails, captures), tiens un journal daté des incidents, confie-toi à une personne de confiance extérieure au cercle relationnel. Ces traces te seront utiles si tu dois faire des démarches juridiques, et elles t'aident à te rappeler la réalité quand le gaslighting essaie de la réécrire.
Comment quitter un pervers narcissique : préparer une sortie sécurisée
La phase de séparation est la plus dangereuse dans les couples avec violences — plus de la moitié des féminicides conjugaux surviennent au moment du départ (MIPROF, 2023). Prépare ton plan avant d'annoncer quoi que ce soit : un hébergement sûr, tes papiers importants rassemblés, un compte bancaire personnel. Appelle le 3919 pour être orientée vers une association locale : CIDFF (Centres d'Information sur les Droits des Femmes et des Familles), Solidarité Femmes, ou l'association victimes de pervers narcissiques la plus proche. Si tu es en danger immédiat, appelle le 17 (police) ou le 114 par SMS si tu ne peux pas parler.
Rompre le contact — radicalement
Après la sortie, la règle validée cliniquement est le no contact : bloquer les numéros, e-mails, réseaux sociaux, et passer par un tiers pour toute communication nécessaire (enfants, biens). L'autre tentera probablement un hoover — messages sur les bons moments, crises dramatisées, intermédiaires envoyés. C'est prévu par le cycle. Chaque recontact relance l'emprise.
Se reconstruire — trauma relationnel
Les conséquences d'une relation prolongée avec un profil PN rejoignent ce que Judith Herman (1992) appelle le C-PTSD (trauma complexe) : hypervigilance, flashbacks, culpabilité, difficulté à se faire confiance, parfois dépression post-séparation. Les thérapies validées pour ce type de trauma sont EMDR, TCC trauma-focused, et la thérapie des schémas. Demande un thérapeute formé au trauma relationnel — ça fait une vraie différence.
Questions frequentes
Tu ne peux pas — et c'est la mauvaise question. Seul un psychiatre ou psychologue clinicien peut évaluer un trouble de la personnalité. La bonne question est : comment cette relation toxique me fait vivre ? Est-ce que je me sens rabaissé(e), coupable, isolé(e), dans l'anticipation permanente ? Est-ce que j'ai l'impression de devenir quelqu'un que je ne reconnais plus ? Si oui, le « diagnostic » de l'autre n'a pas d'importance — ta souffrance est réelle et mérite une action.
Non, ce n'est pas une catégorie clinique. L'expression a été popularisée en France par Racamier et Hirigoyen, mais elle n'existe ni dans le DSM-5 ni dans la CIM-11. Ce qui existe, c'est le trouble de la personnalité narcissique (TPN, DSM-5 301.81) et la psychopathie (construit mesuré par la PCL-R de Hare). Les personnes qu'on appelle « PN » présentent souvent un mélange de ces deux profils, parfois avec des traits borderline.
Non. Le TPN est un trouble structurel difficile à traiter même en thérapie individuelle, et il nécessite une motivation intrinsèque du patient — ce qui est extrêmement rare dans le TPN (la personne ne voit pas de problème chez elle). En tant que partenaire, ton rôle n'est pas thérapeutique — et tenter de « sauver » l'autre est l'un des pièges classiques de l'emprise. La seule stratégie validée est la distance.
Les associations spécialisées (CIDFF, Solidarité Femmes) accompagnent précisément ces situations. Appelle le 3919 pour être orientée vers la structure locale : elle peut aider sur le logement d'urgence, l'aide juridique (ordonnance de protection, référé), les prestations sociales, et la protection des enfants. Tu n'as pas à résoudre tout ça seul(e) — ces dispositifs existent exactement pour cela.
C'est un phénomène documenté : le trauma bonding (Dutton & Painter, 1981). Les cycles d'alternance entre cruauté et récompense créent un attachement neurobiologique comparable à une addiction — ton cerveau libère de la dopamine sur les retours d'affection. Ce n'est pas de l'amour au sens habituel : c'est une réponse biologique à un schéma d'intermittence. Ça explique pourquoi sortir est si difficile — et pourquoi le no contact est la seule stratégie qui marche.
Non, et nous ne le ferons pas. « Pervers narcissique » n'est pas un concept clinique mesurable — faire un test qui prétendrait détecter un PN serait pseudoscientifique et potentiellement nuisible. En revanche, si tu présentes des symptômes fréquents chez les personnes victimes d'emprise — dépression, anxiété persistante, burn-out — nos auto-évaluations basées sur des échelles validées (PHQ-9, GAD-7, MBI) peuvent t'aider à mettre des mots sur ce que tu vis.
Oui. Le TPN est plus fréquemment diagnostiqué chez les hommes (50 à 75% des cas selon le DSM-5), mais les femmes avec profil PN existent. Les mécanismes sont identiques : gaslighting, triangulation, cycle idéalisation/dévalorisation, contrôle coercitif. Le mode d'expression diffère souvent : plus de manipulation sociale, de jeux d'alliances et d'instrumentalisation affective chez les femmes ; plus de coercition directe chez les hommes (Grijalva et al., 2015). Les victimes masculines parlent moins, souvent par honte — le 3919 accueille aussi les hommes, et notre guide femmes victimes aborde le pendant inverse.
En partie. Les traits psychopathiques (PCL-R, Hare) impliquent une conscience tactique claire — mensonge instrumental, manipulation calculée, absence de remords. Le versant narcissique (TPN) implique souvent une cécité défensive : l'ego est trop fragile pour reconnaître la faute, donc elle est niée ou projetée (inversion). La conclusion pratique : peu importe. Conscient ou non, le pattern est structurel. La stratégie reste la même — distance.
Oui. La recherche sur le C-PTSD (Judith Herman, 1992) montre que la récupération est possible avec un accompagnement adapté. Compte 12 à 24 mois de travail thérapeutique pour les cas prolongés. Les approches validées : EMDR (reprocessing des souvenirs traumatiques), TCC trauma-focused, thérapie des schémas (Young). Le no contact est le prérequis — on ne guérit pas d'un trauma relationnel en continuant à recevoir les chocs. Plus de ressources dans notre guide dépression pour les symptômes post-séparation.
Le simple fait de te poser la question est déjà un signal fort : un vrai pervers narcissique ne se remet jamais en question. Si ta réaction principale est la détresse, la culpabilité ou le doute — pas le déni ni la rationalisation agressive — tu es sans doute une personne en souffrance émotionnelle, pas un profil PN.
Beaucoup de comportements qu'un proche peut lire comme « manipulation » sont en réalité des manifestations de dysrégulation émotionnelle (trouble borderline), de trauma relationnel (C-PTSD, enfance difficile), de troubles anxieux (cris défensifs, retrait), de dépression (isolement, plus d'énergie pour écouter), ou simplement d'une incompréhension mutuelle. Ce n'est pas la même chose qu'un TPN avec traits psychopathiques — et se tromper de diagnostic fait beaucoup de dégâts.
3 marqueurs anti-PN à vérifier chez toi : (1) tu ressens une empathie authentique pour la douleur que tu causes (pas juste la peur des conséquences) ; (2) tu reconnais tes torts sincèrement après coup, même si tu as mal réagi sur le moment ; (3) tu cherches activement à changer (thérapie, lecture, introspection). Un profil PN clinique n'a aucun de ces marqueurs — il inverse, nie ou minimise systématiquement (DARVO).
Si tu te reconnais dans des patterns de dysrégulation — colères intenses, peur de l'abandon, instabilité relationnelle — consulte un psychiatre ou psychologue formé à la DBT. Les vraies causes (borderline, trauma, dépression) se soignent. Un « diagnostic » posé par un partenaire ou un proche n'est pas fiable — seul un clinicien peut trancher.
Tu as lu le guide — quoi maintenant ?
Passer à l'action ne veut pas dire tout faire d'un coup. Appeler le 3919, identifier un symptôme à évaluer, ou simplement relire la section « préparer une sortie » — c'est déjà bouger.
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☎ Violences conjugales — 3919, anonyme, gratuit, 24h/24. En danger immédiat : 17 (police) ou 114 par SMS. 3919
Avertissement
Ce guide est fourni à titre informatif et de prévention. Il ne remplace pas un suivi psychologique ou juridique. Si tu es en danger immédiat, appelle le 17 (police), le 114 par SMS si tu ne peux pas parler, ou le 3919 (Violences Femmes Info, 24h/24, anonyme et gratuit).
Sources
- DSM-5 — Trouble de la personnalité narcissique, critères diagnostiques 301.81 (APA, 2013)
- Hirigoyen M-F. — Le harcèlement moral : la violence perverse au quotidien (Syros, 1998)
- Racamier P-C. — Le génie des origines : psychanalyse et psychoses (Payot, 1992)
- Hare R. D. — The Hare Psychopathy Checklist-Revised, 2nd ed. (Multi-Health Systems, 2003)
- Herman J. — Trauma and Recovery: The Aftermath of Violence (Basic Books, 1992) — concept de C-PTSD
- Stark E. — Coercive Control: How Men Entrap Women in Personal Life (Oxford University Press, 2007)
- 3919 — Violences Femmes Info (Fédération Nationale Solidarité Femmes)
- Nazare-Aga I. — Les manipulateurs sont parmi nous (Éditions de l'Homme, 1997)